Réunies dans la véranda de la céramiste Émilie Dion, quatre artisanes de la région discutent de création et d’émancipation, deux maîtres-mots indissociables de leur métier.

TEXTE Eugénie Emond 
PHOTOS Alma Kismic 

C’est Marie-Eve Dion, fondatrice de Marie-les-bains, qui met la dernière touche sur la table dressée: des tagètes ocres cueillies à même son jardin à Valcourt qui tranchent avec les teintes brutes de la nappe des Filles du coin. Émilie replace une feuille de roquette qui s’échappe d’un bol de salade qu’elle fixait depuis un moment. «Je n’arrivais pas à me concentrer sur autre chose», lance-t-elle en riant. 

© Alma Kismic
© Alma Kismic | Pauline et Émilie

La céramiste a proposé de nous recevoir chez elle dans sa maison de Lac-Brome pour un lunch champêtre préparé par le traiteur L’Archipel, où se trouve aussi son atelier et sa boutique L’Atelier Em, alors que la saison touristique bat son plein dans les Cantons-de-l’Est. Une période effervescente durant laquelle les vacancier·ères butinent, s’arrêtant dans les boutiques et les marchés de proximité de la région. La présence ou non à ces événements grand public suscite déjà la discussion entre les convives. Le jeu en vaut-il la chandelle? Le kiosque à installer, la marchandise à transporter, les longues heures debout et l’énergie déployée du service à la clientèle… Marie-Eve et Émilie hésitent. C’est que les ventes ne sont pas toujours au rendez-vous. La céramiste Coralie Huckel, elle, adore les contacts qu’elle y fait et les opportunités de réseauter avec d’autres collègues. Mais c’est Pauline Dedieu, employée de l’Atelier Tréma, qui résume sans doute le mieux le bien fondé de l’exercice. «C’est une belle façon d’éduquer les gens». 

Car toutes sont d’accord: si le métier d’artisane en est un qu’il faut encore expliquer, elles ont le bonheur de constater que la clientèle est davantage consciente de la valeur de leur travail, davantage encline à débourser pour un travail fait main. Mais après l’engouement envers l’achat local alimenté par la pandémie, elles constatent toutes un certain recul. Se démarquer est devenu primordial. Et quoi de mieux que de mettre de l’avant la singularité propre à leur métier? «Ce que j’offre, c’est une expérience», résume Coralie. À celles et ceux qui se présentent chez elle, dans sa maison ancestrale de Waterloo, elle sert le thé, leur détaille les différentes cuissons nécessaires à la poterie, leur montre les noix en forme de cœur de son noyer, dont les écureuils ont laissé les coquilles dures sur le sol et qui lui servent maintenant à marquer l’argile.

Émilie et Marie-Eve entretiennent aussi une relation privilégiée avec leur clientèle, celle qui se tisse au fil des rencontres et des cours donnés chez elles. Idem pour Atelier Tréma avec l’expérience café bistro qui a ouvert ses portes à Frelighsburg cet été, alors que l’entreprise fête ses vingt ans cette année. Pauline est d’ailleurs à même de constater le chemin parcouru par ses collègues, elle qui s’est jointe il y a quatre ans au duo de céramistes formé de Marie-Joëlle Turgeon et Jordan Lentink pour s’occuper à temps plein de la gestion de l’entreprise. «On rêverait toutes d’avoir quelqu’un comme toi!» envie Émilie. Coralie et Marie-Eve acquiescent.

© Alma Kismic | Coralie Huckel
© Alma Kismic | Marie-Ève Dion

Coralie, Marie-Eve et Émilie ont toutes les trois laissé tomber un emploi à temps plein, attirées par la liberté, l’autonomie et la flexibilité qui découlent du travail d’artisane. Une façon de s’émanciper et de laisser son empreinte dans le monde par l’entremise d’un savoir-faire. Elles constatent toutefois qu’elles ne sont plus jamais tranquilles, le boulot occupant désormais leur esprit 24 heures sur 24. «L’assiette à tarte, j’y ai pensé longtemps», illustre Émilie en pointant son œuvre striée de bleu sur la table, comme une impression du treillis d’une tarte aux pommes au fond de l’assiette. L’artisane a quitté une carrière d’avocate criminaliste pour être plus présente pour ses quatre enfants et se consacrer à sa passion. «On dirait qu’à un certain moment, on a besoin d’être maître de quelque chose. Pas de se faire imposer les choses», affirme-t-elle. «Ça nous permet d’avoir une meilleure vie et d’être présente pour nos enfants. Alors pourquoi ne pas le faire?» ajoute-t-elle.

© Alma Kismic
© Alma Kismic | Émilie Dion

De la véranda on peut voir sa boutique, nouvellement construite, où Émilie donne des cours.  «Je rêverais d’avoir un atelier en dehors de ma maison», souffle Marie-Eve. Cette dernière est en pleine saison des fleurs, qu’elle cultive à une trentaine de kilomètres de chez elle, et qui lui serviront à teindre le textile. «C’est sûr que je n’aurais pas la même production si j’étais encore à Montréal. Ici, je cultive environ 75% de ce que j’utilise», estime-t-elle. Des fleurs auxquelles elle ajoute le fruit de sa cueillette sauvage — verge d’or, carotte sauvage, tanaisie — une pratique qu’elle a retrouvée avec bonheur en retournant dans la région où elle a grandi. 

© Alma Kismic
© Alma Kismic

– Et les champignons, tu y as pensé? lui demande Pauline
– Oui, mais ce n’est pas la même pigmentation. Et puis ça prend du temps pour explorer.

Du temps de création pure, plus souvent qu’autrement noyé dans le quotidien et les tâches administratives. Créer pour le plaisir de créer est devenu un luxe. Mais malgré toutes les embûches inhérentes à leur métier, elles refont jour après jour le choix de l’exercer, conscientes du privilège de mener cette vie qu’elles se sont forgées.

– Je n’ai aucun regret, affirment-elles tour à tour.


Pour visiter:

L’Atelier Em – Lac-Brome
La céramiste Émilie Dion offre des cours et des ateliers libres.
Sa boutique est ouverte sur rendez-vous.
Pour infos:
courriel: info@latelierem.com
instagram: @latelier_em

Marie les bains – Eastman
Plusieurs ateliers de teinture végétale, impression botanique, indigo, teinture naturelle et technique de pâte de mordant sont offerts à son atelier.
Les ateliers se déroulent de 10h à 16h, selon un calendrier déterminé. 
Pour infos:
courriel: info@marie-les-bains.com
téléphone: 514 564 0984

Coralie Huckel – Waterloo
L’artiste céramiste ouvre son atelier boutique sur rendez-vous situé au 911, rue Western
Waterloo, Québec J0E 2N0
Pour infos:
courriel: chuckel96@gmail.com
site web: www.coraliehuckel.com
téléphone: 450 877 2141

Atelier Tréma – Bedford
La boutique principale d’Atelier Tréma est ouverte du lundi au vendredi de 8h à 17h et les samedi et dimanche de 10h à 17h
En plus d’y retrouver leurs créations, on peut y prendre une bouchée et un café tout en y magasinant des produits locaux.
Adresse: 133, rue de la Rivière Bedford, Québec J0J 1A0

Une boutique éphémère est également ouverte de juillet à décembre à Frelighsburg.
Jeudi au dimanche de 10h à 17h
Adresse: 31 rue principale, Frelighsburg

Depuis sa ferme biologique à Frelighsburg, Oneka élabore des produits de soins personnels aux arômes conçus à partir de plantes qui poussent à même sa terre vallonnée. Son équipe s’inspire de la nature en la laissant suivre son petit bonhomme de chemin.

TEXTE Marie Charles Pelletier
PHOTOS Gabriel DeRossi

Pour le couple fondateur d’Oneka, l’arôme incarne la fondation même de leurs produits. « Travailler avec des huiles essentielles, c’est travailler avec le vivant et donc d’accepter que rien n’est statique », explique Philippe Choinière qui, avec sa conjointe Stacey Lecuyer, s’impose le devoir rigoureux de s’assurer de la justesse des arômes, semaine après semaine et au gré des saisons. 

Philippe Choinière de Oneka
© Gabriel DeRossi
Petites pousses et main dans la terre
© Gabriel DeRossi

C’est justement la qualité des arômes qui distingue Oneka. Extraits du cèdre, de l’épinette blanche, de la sauge, de l’hydraste et de la menthe poivrée, ils sont encapsulés dans leurs shampoings, gels douche,  sels de bain et savons. Depuis l’année passée, la ferme est équipée d’un alambic, lequel distille chaque jour des plantes récoltées sur la ferme. Leur cueillette sauvage comprend l’ortie, la prêle des champs, la verge d’or et les branches de conifères qui occupent plus de la moitié du terrain. Sur la colline qui domine les champs et la forêt en contrebas, un jardin d’un acre est entièrement dédié à la culture de plantes aromatiques et médicinales. 

La génèse

Philippe et Stacey Lecuyer fondent Oneka en 2007 avec la volonté sincère de créer des produits qui auraient un impact positif sur le bien-être des gens, avec une approche écologique et durable. 

© Gabriel DeRossi

En 2013, ils achètent ce qui deviendra la ferme Oneka — et deviennent accessoirement les voisins du verger familial des Choinière. La parcelle de terre ne servait plus depuis des années et incarnait le lieu tout indiqué pour faire de l’agriculture régénérative. « Pour nous, le lieu  représente le berceau de notre  vision, mais aussi notre point d’ancrage. Celui qui nous ramène à notre propre essence », raconte Philippe. 

Témoin chaque jour de la générosité de la nature, il va de soi pour l’équipe de redonner à la terre ce qu’elle nous offre. La ferme s’appuie sur les fondements de la permaculture en préservant la diversité végétale, mais aussi en portant une attention toute particulière aux besoins des sols et des écosystèmes. À travers différentes méthodes qui bénéficieront à l’environnement sur le long terme, cette façon consciencieuse de cultiver la terre et de préserver la diversité végétale permet d’obtenir des récoltes plus saines et de valoriser les écosystèmes. 

En 2019, Oneka reçoit sa certification B Corp, un papier important que n’acquiert pas qui veut et qui atteste de la cohérence qui règne au sein de l’entreprise tant sur le plan humain qu’environnemental. 

Se shampouiner consciencieusement

L’équipe d’Oneka élabore des soins personnels en ayant à cœur le monde vivant. Leurs produits sans sulfates, sans parabènes et sans parfums synthétiques sont conçus à base d’ingrédients locaux, biologiques et biodégradables. 

Bouteilles de romarin Oneka
© Gabriel DeRossi

Chaque produit Oneka est fait à base d’huiles essentielles. Ces puissants extraits botaniques sont obtenus en prélevant l’huile naturellement présente dans certaines plantes, que ce soit dans les racines, les fleurs ou les feuillages. Les arômes et les propriétés bénéfiques sont extraites grâce à la distillation et le pressage à froid.

Pour les huiles qu’ils ne peuvent produire sur la ferme — comme les agrumes —, Philippe et Stacey font affaire avec des fournisseurs d’huiles essentielles qui ont une vision similaire à la leur et qui partagent les mêmes standards environnementaux, notamment en créant des produits qui ne nuisent ni aux écosystèmes aquatiques ni à la vie marine.

L’entreprise qui prône le vrac a aussi développé une gamme de produits solides sans emballage, et compense leur utilisation de plastique en s’associant avec Plastik Bank.

Retrouver son essence

Le choix conscient qu’a fait Oneka en créant des soins personnels à partir de plantes et en misant sur les arômes dissimule une intention thérapeutique: celle de reconnecter les gens à eux-même et à la nature. 

Stacey Lecuyer de Oneka
© Gabriel DeRossi
© Gabriel DeRossi

« C’est très intentionnel d’utiliser les arômes pour éveiller la mémoire olfactive, les souvenirs et les émotions », explique Philippe comme pour nous rappeler qu’on est aussi vivant que la nature, qu’on fait partie du même tout et qu’on peut se nourrir l’un l’autre. 

Comme quoi les effluves de cèdre peuvent, le temps d’un bain, nous ramener à notre essence profonde ou à nos étés passés à jouer dans la forêt.

Le carnet d’adresses de Philippe et Stacey

Originaire des Cantons-de-l’Est et enraciné à Frelighsburg depuis plus de 10 ans, le couple d’artisan·es des plantes connaît la région comme le fond de sa poche. Voici leurs must :

  • Fumile — Parce que Philippe arbore toujours un chapeau
  • Beat & Betterave — Pour la limonade rhubarbe et framboise qui poussent dans leur jardin
  • Aux 2 clochers — Parce que leur menu est sans prétention et que l’établissement est un fleuron du village 
  • Lyvano — Pour manger en étant bercé par le son de la rivière
  • Espace Old Mill — Parce que ce qu’on y consomme est un hommage aux producteurs locaux et à ce que la nature nous offre
  • Cidrerie Choinière — Parce que c’est le frère de Philippe et qu’il maîtrise son savoir-faire
© Gabriel DeRossi

Cet été, l’Estrie s’anime au rythme de la créativité et de l’artisanat local!

Une programmation riche en événements et activités de tourisme créatif vous attend, mettant en vedette les talents de nos artisan·es membres du réseau Circuit-Court. Des portes ouvertes, des expos-ventes, des ateliers et des marchés publics organisés aux quatre coins de la région, pour faire briller la diversité des savoir-faire.

Célébrez avec nous les talents des Canton-de-l’Est!

Allez à la découverte du monde des fragrances botaniques de La Grange du Parfumeur dans le cadre du Festival Parfumé 2024, du 3 juillet au 17 août à Magog. Réservez vos dates pour vivre l’expérience intégrale!

Profitez de votre visite pour vous procurer le magnifique livre Parfumeuse par Alexandra Bachand, fondatrice de La Grange du Parfumeur.

Profitez de deux événements chez l’artisane Coralie Huckel pour découvrir son univers singulier où la céramique prend la forme d’objets utilitaires ou décoratifs, et même de bijoux!

  • 19 et 20 juillet : Événement VIP sur réservation
  • 10 et 11 août : Portes ouvertes et expo-vente
  • Atelier-boutique situé au 911, rue Western à Waterloo
  • Réservation : chuckel96@gmail.com ou 514-501-5716

Participez aux cours d’été de céramique offerts par Luloba Céramique.

Cours d’été 2024 | Luloba Céramique

Ou encore aux ateliers de travail du cuir offerts par La Compagnie Robinson.

Atelier fabrication cuir

Lors du Tour des arts, du 13 au 21 juillet, rencontrez les artistes Maryse Chartrand et John Glendinning, tous deux basé·es à Sutton. À leurs ateliers respectifs, Maryse offrira des démonstrations tous les jours à 10h30, et John à 10h.

En savoir plus par ICI.

Du 31 août au 8 septembre, le Boulevard des arts vous ouvre ses portes à Frelighsburg avec les artistes Mariejosée Desjean, Daniel Gingras, Studio Welmo, Kazak avec son invitée Le point visible, ainsi que la Poterie Pluriel Singulier et Michel Y Guérin de Saint-Armand.

En savoir plus par ICI.

Retrouvez les artisan·es locaux dans les marchés publics de Sutton, Magog et Racine, tout au long de l’été et de l’automne. En rafale, quelques dates à retenir :

Marché public de Sutton : Sweet Mama Grass 27 juillet – 24 août – 28 septembre – 12 octobre et

Coralie Huckel 27 juillet, 3 et 31 août 

Marché public de Magog : Coralie Huckel 30 juin, 1er, 15 et 22 septembre

Marché Locavore de Racine : Sweet Mama Grass 14 septembre – Marie-Les-Bains

Marché public de North Hatley : Sweet Mama Grass 3 août

Ne manquez pas ces occasions de plonger au cœur de l’effervescence créative de l’Estrie! Que vous soyez amateur·trices d’art, passionné·es d’artisanat ou simplement curieux·ses, réservez vos dates pour vivre une expérience unique de tourisme créatif à la rencontre de nos artisan·es d’exception.