Nos sens sont toujours mis à contribution dans l’appréciation des objets de métiers d’art et des produits de fabrication artisanale. Comme si naturellement, notre sensibilité aux belles choses voulait vibrer à travers tout notre être.
Assurément la vue est reine, nous portant vers ce qui attire notre regard, s’émerveillant des couleurs, des reflets, de la lumière. Le toucher parcoure les textures, la densité des matières. Et lorsqu’on ferme les yeux, qu’on se ramène vers soi, instinctivement le nez se dresse pour être à l’affût des odeurs qui émanent, des parfums qui intriguent.
Sans l’ombre d’un doute, c’est l’expérience révélatrice qui vous attend à La Grange du Parfumeur, endroit somptueux et accueillant, fruit de l’imagination et du travail d’Alexandra Bachand, artiste parfumeure et artisane entrepreneure d’exception. Alexandra, accompagnée de son conjoint et complice Éric Delbaere, vous y attendent les bras grands ouverts.
Tout y est enivrant. Autant la bonne humeur contagieuse d’Alexandra que les échantillons de parfum soigneusement déployés dans l’espace. Tout y est méticuleusement réfléchi, depuis l’orgue du parfumeur jusqu’au parcours du Jardin des Senteurs.
Il y a quelque chose d’insondable, d’hypnotique, dans l’univers de la parfumerie. Plongez-y en toute sincérité, sans tarder, pour découvrir un endroit envoutant et des gens passionnants.
Le merveilleux moment passé à La Grange pour le tournage nous a mis l’eau à la bouche, les doux effluves en mémoire. Il nous faudra revenir dans l’été, lorsque le jardin dévoilera encore plus de ses beautés. Aussi, jusqu’au 5 août, il est possible d’apprécier l’installation d’art olfactif Rosamunde, sur le site enchanteur d’Orford Musique. Une visite s’impose aux deux endroits, pour vivre une expérience hors de l’ordinaire!
« L’écriture d’un parfum est une forme d’art qui requiert le temps nécessaire pour puiser son authenticité. Des plus belles intentions, naissent les plus belles créations. Ce qui est fait main a la plus grande valeur. Les plus belles histoires s’écrivent à travers le sillage d’un parfum singulier… »
Il y a des artisan·e·s avec qui l’envie de se nouer d’amitié naît instantanément. Lorsque notre équipe de tournage s’est rendue à Bedford un magnifique mardi de fin mai, nous avons été chaleureusement accueillis par la céramiste Marie-Joël Turgeon d’Atelier Tréma. Au fil des échanges, ce sentiment amical est apparu tout naturellement.
L’œil pétillant, le sourire éclatant, la voix enjouée, Marie-Joël est de ces personnes avec qui la discussion coule de source. L’échange et le partage s’installent en toute simplicité. La rencontre avec son univers fascine. Tout y est méthodiquement réfléchi, fruit de deux décennies de travail constant, brodé autour d’une identité forte.
Rassembleuse, Marie-Joël a su s’entourer de personnes de cœur avec qui elle bâtit son entreprise devenue emblématique, nichée dans la charmante municipalité de Bedford. Complice du quotidien, à l’atelier comme à la maison, son conjoint Jordan Lentink dégage une force et une présence rassérénante.
À la boutique et dans l’atelier, chaque collègue rencontré·e affiche un bonheur contagieux. Leur accueil, professionnel et attentionné, nous fait immédiatement sentir bien.
Les espaces soigneusement aménagés de la boutique et du coin café captivent par leur beauté. À travers les étalages, une multitude d’objets en céramique portent la signature d’Atelier Tréma aux inspirations de bord de mer et de rivière tranquille. Parsemés ici et là, des produits connexes, de fabrication locale ou d’importation, complètent l’offre et créent des envies de tout ramener à la maison.
Lors de votre prochaine escapade dans Brome-Missisquoi, offrez-vous le temps de profiter de cet endroit magnifique, de rencontrer toutes ces personnes dévouées. Vous repartirez avec ce sentiment doux de sérénité. Gageons que vous voudrez vite y retourner.
Un peu moins d’une heure trente de voiture, à travers de somptueux paysages estriens, me permettra de rejoindre l’atelier Baba Jaga Glassworks du verrier Pavel Cajthaml situé à Sainte-Edwidge-de-Clifton, dans la MRC de Coaticook. Le temps est frais et les arbres chargés d’une averse qui m’a précédé. Véritable fan de la série Blown away sur Netflix, je m’attends à une chaleur extrême en entrant dans l’atelier, mais il est, somme toute, très bien aéré. Je comprends qu’il s’agit là d’une exception, car Caroline Ouellette et Patrick Primeau du Studio Welmo, également installé dans les Cantons-de-l’Est, à Frelighsburg dans Brome-Missisquoi, me racontent que la chaleur est parfois si tenace qu’il arrive aux non-initiés de se sentir incommodés.
Chez Baba Jaga, qui tient son nom d’un personnage de conte traditionnel slave, les différentes étapes de fabrications occupent pratiquement une pièce chacune. « C’est un peu comme un nid d’hirondelle », explique Pavel, l’air moqueur dans la voix. Et ce n’est pas une coquetterie, car après le soufflage, une pièce peut demander jusqu’à deux heures de travail – voire plus – comprenant le sablage, le polissage et la vérification de la qualité pour être ensuite expédiée chez le client.
De l’extérieur, la brise se trouve un chemin par les portes de l’atelier laissées ouvertes. La cuve est déjà bien nourrie de verre en fusion et le thermomètre indique 1400 degré Celsius. Comme la tradition l’impose, le verre est chauffé dans un four conçu pour atteindre des températures extrêmement élevées. Cette fusion du verre permet donc aux artisan·e·s verriers de travailler ce matériau qui autrement ne pourrait pas être malléable.
Aujourd’hui, loin de l’obsidienne préhistorique qui servait alors de monnaie d’échange, la fabrication du verre n’est désormais plus un secret enfoui comme il l’était au 14e siècle sur l’île de Murano. Lieu mythique du soufflage de verre, cet endroit, que les artisan·e·s verriers n’étaient pas autorisé·e·s à quitter ni à divulguer aucun des principes de fabrication du verre, a marqué l’histoire du métier. Cette connaissance était aussi précieuse que l’or pouvait l’être. Sur cette île, un savoir-faire inestimable était à l’œuvre et plusieurs techniques se développaient, notamment la fabrication des miroirs qui firent de Murano sa renommée. Toutefois, bien avant que Jean-Baptiste Colbert, l’un des principaux ministres de Louis XIV, envoie des espions recruter quelques maîtres verriers pour le compte de la France, le verre était déjà en fusion dans des fourneaux aussi chauds que ceux de Vulcain, dieu romain du feu.
L’invention du soufflage de verre remonte en effet à l’Antiquité. Les Égyptiens sont reconnus pour avoir été les premiers à dompter cette matière, mélange de silice, de cendre et de calcaire fusionnés, d’une transparence divine, rigide et liquide en même temps. Aujourd’hui les techniques ont changé bien que certaines soient demeurées similaires à cette époque.
Très versatiles, Patrick et Caroline du Studio Welmo, spécialisés dans la fabrication de pièces uniques en verre soufflé et coulé, travaillent plusieurs techniques dont le soufflage de verre, la sculpture au chalumeau et le moulage qui donnent des formes plus précises et complexes à certaines pièces. Depuis 2005, leur atelier-boutique offre un éventail de produits à la rencontre de la sculpture et du design fonctionnel.
La technique la plus connue est certainement celle pratiquée avec des tubes creux, appelé canne, au bout desquelles est fixée une petite quantité de verre en fusion. À l’autre extrémité de la canne qui ressemble à un bec de flûte, on souffle afin de donner une forme à la matière. Une autre méthode fréquemment employée de nos jours est le soufflage à la pince qui consiste à façonner le verre chaud avec une pince en métal pour créer des effets visuels uniques et des motifs originaux.
Catherine Labonté de chez Cat Designer verrier est une souffleure de verre et entrepreneure qui offre une gamme d’animaux décoratifs en verre soufflé. Habitant désormais la charmante municipalité de Bedford dans Brome-Missisquoi, celle qui donne une fois par année une démonstration publique au Corning Museum of Glass, prestigieux musée américain du verre, apporte un clin d’œil ludique et coloré à ce métier d’art.
Boutiverre, entreprise de Caroline Couture, de son côté, ne travaille qu’avec du verre recyclé. Dans son atelier de Knowlton, elle donne un autre souffle à des bouteilles de verre en les transformant en luminaires. Caroline privilégie une approche moderne et épurée. Dans ses procédés, elle expérimente aussi avec des textures faites de matières naturelles comme l’eau et la cendre de bois.
Dans l’atelier de Pavel, loin des légères poussées d’adrénaline et d’émotions que promulguent parfois le soufflage de verre, une chatte noire insouciante, tigrée de brun, se faufile près du four à la recherche d’affection. Pavel et son assistant, Robert, terminent une pièce. Une fois soufflée, elle ira poursuivre sa cuisson dans un four conçu pour cette étape. La composante, d’un noir séduisant et translucide, servira à l’assemblage d’un luminaire.
Métier passionnant s’il en est un, le soufflage de verre est aussi un dur métier vu la gestuelle et les conditions qu’il encoure. Caroline Ouellette retient surtout de sa pratique qu’elle lui permet une vie dédiée à l’apprentissage parce que les défis reliés à la matière qu’elle travaille l’exigent. C’est ce qui rend ce métier si beau à ses yeux.
Sur le chemin du retour, tandis que la pluie tambourinent à nouveau sur le pare-brise, je pense au fait que cette région est extrêmement chanceuse de compter autant de talents et de passionné·e·s du verre qui ont décidé de s’y installer. Je vous invite donc à prendre la route et aller à leur rencontre! Allez vous nourrir au feu créatif qui anime leur regards, leurs gestes et qui émane de leur travail!