Sabrina Dubé à la machine à coudre

Avec Coast 95, la designer Sabrina Dubé propose des vêtements et accessoires inspirés de la vanlife. Chaque pièce incarne une vision du voyage où style, utilité et durabilité s’entrecroisent.

VIDÉO Victor Saliba
TEXTE Anne Genest
PHOTOS Rachel Fortin

Le design prend tout son sens quand il émerge du quotidien, de l’usage, du rêve de liberté. C’est ce fil conducteur qui guide Sabrina Dubé, fondatrice de Coast 95, une marque québécoise née d’un amour partagé pour les routes sinueuses et les matières durables. Créée après de nombreux périples en van aménagée, avec son conjoint et leur fidèle chihuahua, Coast 95 incarne un mode de vie libre et réfléchi, enraciné dans le réel autant que dans l’imaginaire.

Designer Sabrina Dubé qui trace sur un tissus
© Circuit-Court | Sabrina Dubé
Boutique Coast 95 à Lac-Mégantic
© Circuit-Court

Dès qu’elle trace un croquis, Sabrina pense à la globalité : du dessin à la coupe, du choix du textile à l’usage final. «Ce que j’aime le plus, c’est l’œuvre complète. Partir d’une idée, la transformer en patron, puis en vêtement. J’aimerais pouvoir créer mille produits, de tous les styles!» confie-t-elle avec un enthousiasme contagieux. Coast 95, c’est précisément cela : un espace créatif ouvert où la designer explore sans relâche.

Caméraman dans atelier de couture
© Circuit-Court

L’univers de la couture s’est imposé naturellement à elle. Ses grands-parents possédaient une entreprise de production de vêtements, Dubé inc., et son père a longtemps travaillé dans une usine de couture. Enfant, Sabrina s’amusait parmi les boutons et les tables de coupe. «Quand je dis que le design m’a choisie, c’est peut-être parce qu’il était déjà là, dans mes gènes.» Après un baccalauréat en design de mode à l’École supérieure de mode – ESG UQAM, elle œuvre dans l’industrie comme styliste avant de suivre son propre chemin. Coast 95 devient alors un prolongement naturel de son parcours, une façon de concilier indépendance, création et valeurs écologiques.

Chaque vêtement ou accessoire est pensé pour être utile en voyage, mais aussi beau et durable. Ponchos-serviettes, vêtements souples, tasses en métal : tout est conçu pour traverser les saisons et les kilomètres. «Je veux que les gens investissent dans des produits qui durent. Quand je vois un client porter un article Coast 95 encore magnifique après trois ou quatre ans, je sais que j’ai réussi.» La matière, choisie avec soin, reflète cette volonté : privilégier les textiles naturels, résistants et confortables.

Atelier de couture Coast 95
© Circuit-Court
Découpe de patron
© Circuit-Court | Sabrina Dubé

Au-delà de la mode, Coast 95 transmet un certain rapport au monde : celui d’une vie simple, non planifiée, à l’écoute des éléments. Chaque été, Sabrina reprend la route avec sa vieille GMC Safari, en quête de nouveaux paysages et d’idées neuves. Elle incarne cette génération de créateurs qui puisent leur énergie dans le mouvement et l’authenticité.

Coast 95, c’est une ode à la lenteur, à l’aventure, à l’art de bien s’équiper sans surconsommer. Une marque qui ne suit pas la tendance, mais trace la sienne, sur les routes du Québec et d’ailleurs. Pour Sabrina Dubé, c’est aussi un retour à soi, à ce qui compte. Un geste de liberté.

portrait de Sabrina de Coast 95 dans son atelier à Lac-Mégantic
© Circuit-Court | Sabrina Dubé
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Installée à Piopolis, dans la maison de ses ancêtres, Suzie Duchesneau crée une céramique à la fois fonctionnelle et sensible. Un travail artisanal nourri par la nature, le territoire et un profond désir d’ancrage.

VIDÉO Victor Saliba
TEXTE Anne Genest
PHOTOS Rachel Fortin

C’est dans un retour à la source que Suzie Duchesneau a trouvé son espace de création. Revenir vivre dans la maison ancestrale de sa famille, à deux pas de la baie, en bordure du lac Mégantic, relevait du rêve. Depuis six ans, elle y façonne des pièces à la main, en lien étroit avec le lieu et la matière. 

© Circuit-Court | Suzie Duchesneau
© Circuit-Court

Son atelier, Au Grès de la Baie, porte en lui cette double fidélité : à la matière — le grès chamotté, brut et texturé — et au territoire, dont elle s’inspire librement. Cet automne, elle inaugurera un nouvel espace de création, niché à l’étage d’un garage indépendant, avec vue sur la baie et les montagnes du Maine. Ce lieu lumineux accueillera bientôt celles et ceux qui souhaitent, comme elle, plonger les mains dans la terre.

Ce que Suzie cherche dans la céramique dépasse l’objet. Chaque pièce commence par une sensation — la température de l’air, une mélodie, une lumière de fin de journée. Le geste s’ajuste, la forme émerge. «Je ne me mets jamais de contraintes pour le premier modèle. Je me laisse guider par ce qui m’habite.»

© Circuit-Court

Toutes ses créations portent l’empreinte du paysage. Inspirée par les lieux et les figures mythiques de la région, elle conçoit des tasses, assiettes, bols, pichets et plats utilitaires en petites séries. Parmi elles, le Grand Verre Latté “Malmo”, tourné à la main, allie finesse et texture. Recouvert d’un émail sobre qui laisse transparaître la beauté naturelle du grès, il incarne bien cette esthétique rustique et raffinée à la fois.

Chez Suzie Duchesneau, la céramique est un art de vivre. Ses pièces mêlent douceur et densité, simplicité et caractère. Rien d’ostentatoire : seulement des formes pensées pour la main, pour le quotidien, pour durer. Les émaux choisis, toujours organiques et chauds, amplifient la présence silencieuse des objets.

© Circuit-Court | Suzie Duchesneau et son élève
© Circuit-Court | Suzie Duchesneau et son élève

À Piopolis, le rapport à la nature et à la communauté est partout. Il imprègne le travail de Suzie. Travailler la terre, pour elle, c’est revenir à l’essentiel : «Ce métier nous ramène au moment présent. À soi. Aux autres.»

Sa démarche s’enrichit aussi de ses séjours réguliers en France, où elle se forme auprès de potiers expérimentés. Ces échanges nourrissent non seulement sa technique, mais aussi une vision profondément humaine du métier : lente, incarnée, partageable.

© Circuit-Court | Suzie Duchesneau et son élève

C’est cette qualité de présence qu’elle transmet dans ses cours de céramique, donnés en petits groupes de deux personnes. «J’aime prendre le temps. Observer les gens progresser. Créer un espace où on peut vraiment échanger.»

Dans son atelier, le silence a une place. La lumière aussi. Entre la baie, les montagnes et la matière, Suzie Duchesneau façonne des objets qui apaisent autant qu’ils rassemblent. Des objets faits pour durer, pour être tenus, pour faire partie de la vie.

© Circuit-Court | Piopolis
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Situé à Lac-Mégantic, l’atelier-boutique Couture & Violette Textiles mise sur l’innovation textile, l’écoresponsabilité et l’inclusion pour transformer en profondeur l’industrie de la mode.

VIDÉO Victor Saliba
TEXTE Anne Genest
PHOTOS Rachel Fortin

Transformer les pratiques. Pour Stéphanie Soulard, designer de mode et de textile, ce n’est pas une utopie : c’est une nécessité. Dès ses études en design, elle se heurte à un discours brutal : on lui affirme que la mode n’est pas faite pour les corps ronds, qu’on n’a ni les techniques ni l’intérêt pour les habiller. Cette exclusion va marquer un point de rupture. Elle veut prouver le contraire. Elle veut dessiner une autre voie : plus humaine, plus durable, plus inclusive.

«Il faut changer les choses, observe-t-elle. J’ai pour mon dire que chaque petit geste compte.» Cette phrase, Stéphanie la répète souvent. Elle reflète son engagement profond à faire évoluer les pratiques d’un milieu qu’elle a exploré pendant ses études en design de mode. «L’industrie de la mode est l’un des plus grands pollueurs de la planète. Il faut repenser la manière dont on crée, dont on consomme.»

À Lac-Mégantic, dans le quartier Fatima, elle développe Couture & Violette Textiles. Un lieu lumineux, à la fois laboratoire textile et atelier-boutique, où se croisent créativité et conscience environnementale. Stéphanie y conçoit des vêtements de performance et des accessoires faits à partir de fibres durables, tricotées majoritairement à Montréal. Elle privilégie les matières locales qui parcourent le moins de kilomètres possible. Ce souci de cohérence traverse tout son travail.

Avec son conjoint, elle expérimente des procédés d’impression textile directement sur place. Machines spécialisées, fibres innovantes, rigueur artisanale : l’atelier est équipé pour répondre aux plus hauts standards de qualité tout en restant à l’échelle humaine. On y crée des pièces qui durent, qui accompagnent les corps dans le mouvement, sans jamais les contraindre.

Couture & Violette Textiles, c’est aussi un service de confection sur mesure haut de gamme. Robes de gala, vêtements spécialisés pour le patinage artistique ou complets pour les grandes occasions : chaque pièce est unique, pensée avec et pour la personne qui la portera. Loin des tailles normées, Stéphanie adapte chaque patron à la réalité de ses client·es.

Mais l’atelier va plus loin encore. Il devient un lieu de collaboration, où les artisan·es peuvent venir tester leurs idées, travailler de nouveaux modèles de vêtements de performance, de maillots de bain, de chaussures sport sans cuir. Stéphanie y offre également des services de consultation en gestion de projet, création de patron et accompagnement à la production pour les jeunes entreprises créatives.

Elle n’hésite pas à partager son savoir-faire. Dans son atelier, les idées circulent, les mains s’activent et les projets prennent forme, souvent sur mesure, toujours avec cœur. Ce qu’elle préfère? Le moment où une idée née dans sa tête devient un motif, puis une impression sur tissu, jusqu’à se transformer en vêtement. «C’est le summum de l’excitation. Voir quelque chose prendre vie, passer du mental au matériel, c’est un sentiment incroyable.»

Ce qui se tisse chez Couture & Violette Textiles, c’est un modèle alternatif, une manière de faire les choses différemment. C’est une vision de la mode qui prend racine dans la matière, dans l’écoute et dans le respect des corps. Une réponse lucide à une industrie qui, trop souvent, épuise les ressources et uniformise les silhouettes.

À Lac-Mégantic, nichée dans un atelier où vibrent les machines et les idées, Stéphanie Soulard insuffle un vent de changement. Et prouve qu’avec du savoir-faire, de la persévérance et un brin de révolte, on peut bel et bien coudre le monde avec une nouvelle conscience.

Consultez la fiche de Stéphanie Soulard